— Défends-toi toi-même, gronda encore l’Allemand, qui, se ruant sur le jeune homme, abaissa la crosse de son arme comme il eût fait d’une massue.

Un saut de côté préserva Georges. Il mesura d’un coup d’œil la taille du colosse. Schulmann le dépassait de la moitié de la tête. Le Canadien répondit aux insultes de son ennemi par une suprême raillerie.

— On m’avait toujours dit que vos grandes tailles renfermaient de petites âmes. Je vais prendre ta mesure tout à l’heure, quand je l’aurai couché là.

Et, du bout de son coutelas, il montrait au Teuton le tapis de neige de la prairie.

Gisber, dont le premier coup avait porté à faux, grinça des dents, et se précipita derechef, la crosse levée.

Vernant l’avait vu venir. Comme la première fois, il esquiva l’attaque. Mais, avec la souplesse d’un fauve, il bondit à son tour sur le Germain. Un seul coup de poing brisa le poignet gauche du colosse, et la main du Canadien se ferma, comme une tenaille sur le cou énorme. En même temps, d’une secousse qui eût ébranlé un chêne, le jeune homme déracina le géant de sa lourde base et le jeta pesamment sur le sol.

— Allons, plaisanta une fois encore Georges, tu as l’air d’un taureau ; tu n’es qu’un bœuf. Relève-toi. Je ne veux pas t’égorger comme une bête de boucherie.

L’Allemand ne se le fit pas dire deux fois.

Écumant, les yeux hors de l’orbite, il mit, lui aussi, au clair la lame d’un couteau de chasse et se rua sur Vernant.

Le combat ne fut pas de plus longue durée qu’au premier choc. Une simple parade rejeta l’arme de l’assaillant, tandis que celle du Canadien disparaissait jusqu’à la garde entre le cou et l’épaule de Schulmann, au-dessus du thorax.