Elle y rentra dans les premiers jours de décembre. Deux mois s’étaient écoulés depuis le départ. De combien de tragiques événements n’avaient-ils pas été remplis ?

Au printemps suivant furent célébrés, dans la petite église de Dogherty, les noces chrétiennes de Georges Vernant et de Madeleine Kerlo.

Tout le monde aimait le fier et noble jeune homme que Wagha-na avait choisi pour mari de sa fille adoptive. On l’avait vu à l’œuvre ; on connaissait son indomptable courage, la générosité de son âme et la force herculéenne de son bras. Et, de l’avis de tous, nul homme n’était plus digne de continuer un jour l’œuvre du Bison Noir et d’être l’époux heureux et aimé de la Fée.

Celle-ci était belle à miracle. Sous son voile, couronnée de fleurs d’oranger, dans sa robe d’une éblouissante blancheur, elle rappelait plus que jamais les beaux anges qui peuplent de doux rêves le sommeil des hommes vertueux et des vierges sacrées. Elle était la plus pure fleur de ces neiges septentrionales qui couvrent d’un linceul d’argent l’innocence de ces contrées encore intactes, mais s’entr’ouvrent, tous les printemps, pour en laisser sortir les moissons de l’énergie humaine bénie du ciel.

Madeleine n’avait pas voulu recevoir la bénédiction nuptiale avant d’accomplir un pieux devoir.

Aussi, dès que les premiers souffles tièdes avaient chassé les bises glaciales et fait verdir les bourgeons, elle avait voulu accompagner la colonne qui était retournée au désert, là-bas, sur les bords du Murray, pour retirer de sa couche provisoire la dépouille du malheureux Sourbin.

Et, maintenant, Léopold reposait en terre sainte, dans l’humble cimetière de Dogherty, sous un bloc de granit qui ne rappelait à la mémoire des hommes que l’acte de dévouement où il avait perdu la vie.

Lorsque le jeune couple sortit du temple catholique, des salves de mousqueterie, les clameurs d’une foule enthousiaste saluèrent ses premiers pas. Georges et Madeleine marchèrent sur un tapis de fleurs et de verdure des marches de la chapelle au seuil de leur demeure.

Quarante mille assistants de toutes races se pressèrent pendant trois jours dans les rues et les places de Dogherty. Les hôtels étaient pleins ; les maisons des particuliers elles-mêmes ne purent suffire à recevoir la foule. On coucha sous les tentes, dans des baraquements de planches et de feuillage.

Et, ce jour-là, il fallut bien se départir un peu de la sévère prescription qui rationnait les boissons fortes. Punch, whiskey, brandy, cognac de France, genièvre de Hollande, aguardiente du Mexique, coulèrent plus que de raison. Mais la raison conserva son empire. On n’eut ni troubles, ni accidents à déplorer.