Au moment où Madeleine, escortée de Wagha-na et de Georges, pénétra dans la salle, les sept membres, parmi lesquels se trouvait l’Indien Marc Cheen-Buck, qui était allé la prévenir, se levèrent respectueusement, et Joë O’Connor, traduisant les sentiments de l’assistance, lui offrit le fauteuil de la présidence.

— Comme en Angleterre, dit le vieil Irlandais, nous avons, nous aussi, notre gracieuse reine.

— Et, dit le juge Étienne Briant, en riant, la loi Salique n’existe point en ce pays.

Mlle Kerlo refusa gentiment d’un geste de la main. Puis, afin de bien montrer à ses amis qu’elle ne se désintéressait aucunement de leurs préoccupations administratives, elle prit vivement une chaise le long du mur et, la plaçant sur l’estrade, s’assit sans façons à côté du président O’Connor, un peu en arrière.

Étienne Briant résuma et présenta la question en quelques mots. C’était lui qui, seul, avait émis un avis favorable à l’autorisation à donner aux deux étrangers qui sollicitaient le droit de domicile. Il crut devoir s’en expliquer.

— Je dirai donc à notre chère Reine, comme je l’ai dit à mes excellents collègues, que je me suis cru tenu, par ce caractère même de juge dont m’a revêtu la confiance de mes concitoyens, à accorder à deux nouveaux venus la faveur de s’établir loyalement sur notre territoire. Mais j’ajoute que je n’y vois aucun avantage.

Madeleine écouta ces paroles, et les raisons contraires de chacun des conseillers, avec une petite moue passablement moqueuse.

— Est-il possible, demanda-t-elle, de voir, ces solliciteurs face à face ?

— Rien n’est plus facile, répondit Cheen-Buck. Ils attendent derrière la maison commune, sous un chêne.

— Bien ! Qu’on les fasse venir ! Je crois que cela vaudra mieux.