Ce que vous allez me dire peut se résumer ainsi : « L’entreprise est hasardeuse, pleine de périls. Si nous l’abandonnions ! »
L’Allemand ne parut point se blesser de l’ironie de ces paroles. Il paya d’audace.
— Eh bien, mon cher, vous avez vu clair, et telle est, en effet, ma pensée. Je n’ai aucune honte de le confesser.
— A la bonne heure, mon cher, répliqua le Yankee railleur. Entre nous, vous faites bien d’être sincère, car cela me met à l’aise avec vous. Je vous dirai donc que, moi aussi, je trouve cette aventure extrêmement dangereuse. Mais, au contraire de vous, c’est là, selon moi, une raison de plus pour que nous nous y acharnions.
— Je ne vous comprends pas.
— Vous allez me comprendre, si, toutefois, vous voulez bien me prêter un peu plus d’attention que vous n’en apportez, d’ordinaire, aux choses sérieuses qui demandent un effort de la volonté et une tension de l’esprit.
Gisber Schulmann parut agacé de cet exorde qui servait d’introduction à une confidence. Il contint néanmoins son caractère naturellement irascible, et répondit, avec un frémissement d’impatience :
— Ulphy, au lieu de me morigéner sans cesse, vous feriez mieux de m’ouvrir l’esprit. Vous perdez du temps à me trouver l’intellect lent et, surtout, à me le dire à tout propos. Mieux vaudrait me faire entrer vos idées dans la tête. Vous savez, en effet, que dès que ma cervelle a reçu une idée, elle la retient imperturbablement, et qu’alors toute mon énergie s’emploie à l’exécuter.
L’Américain cessa de plaisanter son compagnon et reprit, avec une sincérité d’apparence.
— Oui, mon cher Gisber, je vous sais fidèle et dévoué, tenace en vos résolutions, « homme de main », pour tout dire, selon l’expression des anciens. Et, c’est parce que je me plais à reconnaître en vous ces qualités, que je n’hésite pas plus longtemps à vous faire connaître le résultat de mes propres méditations.