— Allons ! se dit Léopold, il me faut m’aider moi-même, si je veux que le proverbe s’accomplisse.
Tout au fond de lui-même, sa conscience lui disait bien que la besogne qu’il allait entreprendre n’était point de celles auxquelles « le Ciel » accorde sa protection.
Il ne devait donc compter que sur lui-même et les circonstances favorables.
Une chose l’avait tout de suite alarmé. Il avait pris ombrage de la présence à Dogherty de Georges Vernant. Ce jeune homme à l’œil ouvert, au visage fier et loyal, pouvait être un rival redoutable, et il était visible que Wagha-na le protégeait. De plus, le reste de la colonie lui était ouvertement sympathique.
Il fallait donc évincer ce concurrent dangereux et, pour ce faire, conquérir les bonnes grâces des amis de l’Indien, collaborateurs et associés de l’œuvre spécialement philanthropique que celui-ci avait commencée.
Pour obtenir ce résultat, le Français se mit à étudier les goûts et les préférences des acolytes de Wagha-na.
Il se rapprocha d’abord de Joë O’Connor.
Le vieil Irlandais avait un faible prononcé pour le tabac d’Europe, et plus spécialement pour le tabac français. Il se trouvait que Léopold Sourbin en avait, à tous risques, emporté une bonne provision. Il le mit très volontiers à la disposition du vieux trappeur, qui put, de la sorte, fumer quelques bonnes pipes.
C’était procéder tout à fait à la manière indienne, en allumant le « calumet de paix ».
Mais, le lendemain même de ce jour, Léopold éprouva une surprise.