Mais, de ce côté, il n’y avait rien à attendre. L’Indien, par ses origines autant que par son caractère, tenait de trop près à Wagha-na. Les avances de Sourbin furent donc en pure perte.
L’aventurier fut bientôt à même d’apprécier le sentiment public à l’égard des étrangers en général et de lui-même en particulier. Le soir de ce jour, le second qu’il passait à la station, après le dîner, et comme les hommes fumaient en commun sur la vérandah élevée en face de la maison, Wagha-na mit sur le tapis le passage d’Ulphilas Pitch et de Gisber Schulmann. Les divers convives du chef firent des gorges chaudes à ce propos, et les défauts des deux vilains personnages furent vigoureusement critiqués.
Au moment où les noms du Yankee et de son compagnon furent prononcés, Sourbin laissa échapper une exclamation.
Les yeux pénétrants du Bison Noir ne l’avaient pas quitté. Le chef indien demanda :
— Est-ce que vous connaissez ces deux hommes, monsieur Sourbin ?
Léopold comprit qu’une dénégation serait non seulement inutile, mais dangereuse, qu’au lieu de les dissiper, elle ne ferait que corroborer les soupçons. Il paya donc d’audace et répondit d’un ton dégagé :
— Assurément, je les connais. Je viens de les retrouver à l’hôtel du Bon Roi Henri. Mais j’avais déjà fait leur connaissance à New-York. En vérité, je n’aurais jamais cru que ce fussent des gens aussi suspects que vous le dites.
Madeleine intervint de sa douce voix.
— Très sincèrement, nous devons reconnaître que nous les avons surtout jugés sur leurs mines, qui ne sont pas attirantes. Pour moi, j’ai été outrée de l’insolence de ce Germain à l’égard de mon père. C’était fort imprudent de la part de gens qui voulaient se concilier la bienveillance.
— C’était surtout une preuve de grossièreté évidente, fit remarquer Georges Vernant.