Le fouet n’était plus qu’à une centaine de mètres du Français lorsque celui-ci, se relevant péniblement, essaya de battre en retraite vers ses compagnons de route.
Le reptile vit ce mouvement et s’en alarma. Il prit sur-le-champ l’offensive et se mit à ramper de toute sa vitesse vers son ennemi supposé. En quelques minutes, il eut réduit de moitié la distance qui le séparait de lui.
C’en était fait de Sourbin qui, ne soupçonnant aucun danger, ne se hâtait guère de fuir. Comment l’aurait-il pu, d’ailleurs, après la violente commotion qui avait suivi, cette chute tout à fait inattendue ?
Déjà le hideux serpent dressait sa tête oblongue, aux yeux sanglants, placée, au bout d’un cou long et frêle, et poussait des sifflements de colère, lorsque ces sifflements mêmes et la forte odeur de musc qu’il répandait avertirent Léopold Sourbin du menaçant voisinage qu’il subissait.
Le cousin de Madeleine, pris d’une terreur irraisonnée, se mit à fuir aussi vite que le lui permirent ses jambes endolories et courbaturée. Malheureusement, il ne pouvait l’emporter sur son formidable adversaire qui, d’une seule détente de sa queue, bandée comme un arc, franchissait cinq ou six mètres.
Sourbin était donc perdu, et rien ne l’eût arraché au danger, si les deux cavaliers détachés de la colonne n’eussent gagné de vitesse. Déjà le reptile n’était plus qu’à dix pas de lui, lorsque l’un des hardis écuyers, enlevant sa bête d’un élan furieux, malgré ses résistances, passa comme en un vol entre le fuyard et le serpent. Son bras s’allongea armé du fouet à manche court qui sert aux cow-boys des prairies. La corde siffla, mordante et tranchante. Elle vint s’enrouler au cou du reptile, dont elle brisa net la colonne vertébrale.
Le monstre se tordit vainement, tandis que l’élan forcené du cheval traînait pendant quelque cent pas encore son corps détendu et flasque comme une courroie dépliée.
Alors Georges Vernant, car c’était lui, revint vers Sourbin et lui dit, en riant :
— Çà, mon cher compatriote, vous pouvez remercier Dieu ; vous l’avez échappé belle.
— Je vous dois aussi quelques remerciements à vous-même, répliqua Léopold, moins reconnaissant du service rendu que dépité du rire avec lequel l’avait abordé son sauveur. — Morbleu ! Quelle poigne et quelle adresse ! Tuer un serpent boa avec une ficelle. Ça ne se voit pas tous les jours, et, pour ma part…