— Peuh ! répondit Vernant, c’est un exercice qui nous est familier au Mexique, d’où je viens. Et puis, ce n’est point un boa, ce serpent, c’est un fouet. De plus, ma ficelle est une bonne arme, car c’est aussi un fouet. Si bien que nous avons un dicton qui énonce cette particularité. Nous disons : « Il faut combattre le fouet par le fouet ».

Tout en parlant, Georges avait mis pied à terre et, très complaisamment, mettait son cheval à la disposition de Léopold pour le ramener vers la caravane, lorsqu’ils virent revenir Cheen-Buck, le second des deux cavaliers, ramenant par la bride la monture trop fringante qui avait si malencontreusement désarçonné son cavalier.

Sourbin se remit en selle tant bien que mal. Mais, en vérité, il n’avait pas brillante mine ainsi monté.

Personne cependant ne railla sa mésaventure. Il n’entendit guère que ce propos goguenard de Joë O’Connor :

— Eh bien ! Monsieur, quand je vous disais que nous ferions connaissance avec les bêtes de la prairie ?

Ce fut la seule allusion faite à ce déplorable accident.

Aussi bien, ne marcha-t-on pas fort longtemps ce jour-là.

Wagha-na avait donné l’ordre de tout préparer pour le prochain campement.

Ce campement, il était là, tout dressé au milieu de la plaine, attendant les voyageurs derrière un bouquet de bouleaux et de sapins, le seul qu’on rencontrât dans un rayon de dix-huit milles. A peine l’eût-on dépassé, que les cavaliers se trouvèrent en face d’un véritable village de bois, à carcasse de fer, dont chaque maison était surélevée sur une façon de pilotis formée de colonnes de fer creuses, afin de les isoler d’un sol dont Sourbin avait pu apprécier par lui-même le désagréable contact.

A peine la colonne se fut-elle démasquée que, brusquement, toutes les demeures s’animèrent. Des hommes, des femmes, des enfants s’élancèrent hors des toits de ce village factice et vinrent, en courant, souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants.