Madeleine expliqua à Georges, à Sourbin, l’origine de cet établissement.

C’était un titre de plus à la reconnaissance des Canadiens envers Wagha-na, un de ces nombreux bienfaits qu’il avait généreusement prodigués au pays tout entier.

Ce lieu était un ancien rendez-vous de chasse, autrefois désert et dépourvu de ressources. L’idée était venue au Bison Noir d’y établir une tribu de ses compatriotes, ne leur donnant, d’ailleurs, d’autre obligation que celle de tenir le campement toujours prêt pour les chasseurs qui venaient tous les ans, de grandes distances, poursuivre le bœuf sauvage ou le cerf wapiti dans ces solitudes. Il leur avait imposé le même devoir envers les trappeurs et les agents de la compagnie de la Baie d’Hudson, si souvent exposés, pendant les grands froids des hivers du Pôle, à mourir de misère et d’inanition dans ces régions désolées.

— C’est décidément un homme fort ingénieux que vôtre père d’adoption, ma chère cousine, dit Léopold Sourbin.

— C’est surtout un grand homme de bien, riposta presque sévèrement la jeune fille.

Et, tournant sans façons le dos au déplaisant personnage, elle rejoignit au petit trot Wagha-na, déjà en conférence avec les habitants du village improvisé.

Tout était disposé. Les voyageurs n’avaient plus qu’à prendre possession de leurs appartements. Et ce fut une cause nouvelle d’émerveillement que de voir avec quel ordre, quelle admirable propreté était tenu ce caravansérail vraiment philanthropique.

Avant d’y descendre, le Bison Noir entraîna son jeune compagnon en un temps de galop sur le front du village.

Cent vingt-deux maisons, toutes construites sur le même modèle, s’alignaient en deux rues bordées de jardins potagers et coupées par deux places au centre desquelles deux puits savamment creusés donnaient une eau aussi salubre qu’abondante. Chaque maison pouvait recevoir cent quarante locataires faisant leur cuisine en commun.

Wagha-na ne put s’empêcher de rire devant la surprise, presque l’ahurissement de ses hôtes, quand il leur dit :