Le lendemain même du jour où Joë O’Connor avait exprimé ses craintes au sujet de la réapparition des deux inquiétants personnages, Ulphilas Pitch et Gisber Schulmann se montrèrent sur les derrières des chasseurs.

Ce retour s’expliquait aisément.

Les deux coquins, en quittant Sourbin, avaient rejoint par le plus court les tronçons de voies ferrées, qui reliaient entre elles les cités du Bas-Canada. Une seule journée leur avait suffi pour s’assurer que Madeleine Jean était bien la fille du Breton Kerlo. Il ne s’agissait donc que de supprimer celle-ci pour faire retomber son héritage aux mains de Léopold Sourbin, et il est à croire que Pitch avait acquis sur ce dernier des droits suffisamment précis pour ne lui laisser aucun doute sur l’issue de l’entreprise au sujet de ses propres intérêts.

Une fois munis du document nécessaire, les deux coquins étaient revenus sur leurs pas.

A Dogherty, où ils ne demandaient plus le séjour, on n’avait fait aucune difficulté de leur apprendre que Wagha-na et ses hôtes avaient pris le chemin du nord-ouest. Là, encore, après avoir doublé les étapes, ils avaient dû changer leur itinéraire et suivre les chasseurs du côté des frontières californiennes.

Car il leur fallait, au plus tôt, rattraper Léopold Sourbin.

Ils avaient, en effet, le soupçon que celui-ci travaillait de plus en plus pour son seul compte, qu’il cherchait à s’affranchir d’une complicité dangereuse et inutilement compromettante.

Moins que jamais Pitch et Schulmann entendaient rendre à Sourbin sa liberté.

Sourbin, en effet, était l’auxiliaire indispensable. Il pouvait se passer d’eux, non eux de lui. Leur effort se fût dépensé en pure perte, si ce précieux intermédiaire entre eux et les millions de Madeleine leur eût fait défaut.

Or Pitch et Schulmann avaient joué leur va-tout sur ce coup de dés.