Leurs chevaux étaient surmenés et ils voyaient approcher le moment où leurs bourses seraient vides.

Il y avait donc urgence absolue à atteindre leur complice, devenu leur instrument.

D’ailleurs Schulmann, l’homme des actions rapides, était décidé à ne point traîner les choses en longueur. Puisqu’on se trouvait en plein désert, les occasions ne pouvaient manquer d’en finir avec les difficultés de la situation. Le coup de fusil d’un maladroit peut tuer aussi aisément un homme qu’un animal.

L’essentiel était de se faire admettre au nombre des chasseurs, ou, du moins, de s’y faufiler, à titre de chasseurs indépendants, afin de mettre à profit la première occurrence qui mettrait Madeleine à portée de sa carabine.

Ulphilas, à vrai dire, blâmait cet empressement opiniâtre.

— Vous avez tort, ne cessait-il de répéter à l’Allemand, de mettre tant de confiance en vos forces. Outre qu’il peut se rencontrer parmi ces sauvages des hommes d’une vigueur égale, sinon supérieure à la vôtre, ils possèdent sur vous l’avantage d’être rompus à des exercices violents auxquels, permettez-moi de vous le dire, Gisber, vous me paraissez à peu près étranger. En sorte que, si votre balle s’égare en chemin, les leurs ne suivront pas la même voie. Et je ne parle pas d’autres armes non moins dangereuses, mais beaucoup plus sûres que le fusil.

— Quelles armes ? demanda Schulmann, affectant la plus hautaine indifférence.

— Hé ! mon cher, répliqua Pitch, qui se mit à persifler, vous n’attendez pas, j’imagine, que je vous en fasse une nomenclature détaillée. Vous les connaissez mieux que moi et n’avez que l’embarras du choix entre ces instruments, plus désagréables les uns que les autres : flèches, lances, poignards, tomahawks.

L’inconvainquable Gisber se borna à hausser les épaules dédaigneusement.

Ce fut avec ces dispositions également hostiles, mais peu d’accord sur le choix des moyens et leur opportunité, que les deux bandits rejoignirent la colonne des chasseurs de bisons.