Ce disant, il avait mis à pied à terre, exemple que le Français s’empressa de suivre. Alors, en un tour de main, il défit la sangle et enleva au cheval la selle et le filet léger qui lui tenait lieu de mors. Georges copia fidèlement tous les gestes de son compagnon.
Le canot avait abordé. Deux hommes le montaient. Des deux hommes, l’un était un blanc vieilli dans la prairie, une sorte de trappeur aux proportions herculéennes, l’autre un Indien du même sang que Wagha-na.
Celui-ci leur serra la main, et Georges, après lui, reçut le vigoureux shake hands des deux hommes. Ils s’embarquèrent vivement. A peine dans le bateau, le Pawnie se tourna vers les chevaux, demeurés paisibles sur la rive, et leur cria :
— Hips, Gola, à votre choix. L’eau ou la prairie.
Les intelligentes bêtes redressèrent leurs têtes fines, pointèrent les oreilles, et regardèrent vers l’occident où le ciel, décoloré par le haut, ressemblait, à la lisière des bois, à la gueule d’un four incandescent. Ils jugèrent sans doute l’heure trop avancée pour faire la route à pieds, car, sans hésiter, ils entrèrent dans la rivière et se mirent à nager vigoureusement vers le brick, à la suite du canot qu’emportaient les avirons.
Georges ne revenait pas de sa surprise. Il était littéralement émerveillé.
— Ainsi, — demanda-t-il à son guide, — voilà tout votre procédé à l’égard de vos chevaux ? Vous les laissez libres de prendre la route qu’ils préfèrent ? Mais, si vous avez loin à aller, je n’imagine pas qu’ils vous arrivent ainsi à la nage.
Wagha-na et ses deux acolytes se reprirent à rire de la réflexion.
— Non, assurément, — répondit le Pawnie. — Nous les hissons à bord.
— A bord ? — interrogea le Français. — Je veux bien vous croire. Mais ce n’est pas petite besogne de hisser des chevaux ?