La réponse à la question ne se fit pas attendre.
Tandis que l’embarcation rangeait l’échelle du brick, on vit descendre du pont une façon de filet à mailles très fortes muni de poids qui l’entraînèrent au fond, tandis que ses bords s’ouvraient largement.
Le premier des deux chevaux, Hips, nagea vers le filet au milieu duquel il se plaça. La seconde d’après, les palans se relevaient en grinçant, et le cheval, uniformément soutenu sous le ventre, les jambes pendantes, fut délicatement déposé sur le pont, à l’avant du bateau. La même opération, renouvelée avec les mêmes précautions, amena Gola à côté de son compagnon de route. Ni l’un ni l’autre des deux animaux ne paraissait surpris de cette manœuvre.
— Ah ! par exemple ! — s’écria Georges, — vous pouvez vous vanter d’avoir des chevaux intelligents en ce pays !
— Oui, — répondit Wagha-na, — je reconnais que leur intelligence nous a grandement aidés au début de ce petit exercice.
Aujourd’hui les huit cents bêtes du ranch sont toutes plus ou moins aptes à faire ce que viennent de faire Hips et Gola.
— Soit ! Mais vous leur laissiez le choix tout à l’heure, m’a-t-il semblé ?
— Vous avez bien vu. Nous leur laissons toujours le choix. Le cheval est une bête nerveuse, partant ombrageuse, qui agit toujours par impulsion. Il ne faut donc pas le contrarier. En conséquence, nous donnons à nos chevaux toute liberté de s’embarquer avec nous ou de franchir à la course les quinze lieues qui nous séparent encore du ranch.
Cette explication satisfit pleinement le jeune homme, bien qu’elle le laissât rêveur.
— Mais voici qu’il se fait nuit, reprit l’Indien, et votre estomac doit réclamer une nourriture plus substantielle qu’une dissertation sur les mœurs particulières des mustangs canadiens. Souffrez donc que je vous conduise à la salle à manger et vous présente au personnel de L’Homme libre.