C’était là, assurément, une souveraine maladresse. Le Yankee aurait dû supposer que ceux qu’il s’efforçait de tromper étaient déjà plus ou moins au courant des visées du Français, surtout si celui-ci avait fait connaître ses intentions au sujet d’un mariage possible avec sa cousine.
Mais le but que visait Pitch n’était point tant d’en imposer à Wagha-na que de faire connaître à Léopold lui-même qu’on ne le perdait point de vue et, conséquemment, que, s’il cherchait à se dérober à ses engagements envers ses deux ex-associés, on saurait lui rappeler cet importun souvenir.
A cette question ainsi posée, le Bison Noir répondit sérieusement en rappelant ledit Léopold :
— Monsieur Sourbin, dit-il, voici deux Messieurs qui paraissent vous connaître et qui désirent vous parler.
Très troublé, le cousin de Madeleine sortit, à contrecœur et les sourcils froncés, des rangs de ses hôtes et s’avança vers les deux aventuriers sans céler sa mauvaise humeur.
Il était dans l’obligation de se montrer froid envers eux, sous peine de donner prise aux soupçons.
Il toucha donc à peine le bord de son chapeau de feutre mou en abordant Pitch. Quant à Schulmann que, d’ailleurs, il connaissait à peine, il affecta de ne point le voir.
L’Allemand n’avait point à se plaindre de ce manque d’égard, étant lui-même le plus malotru des hommes.
Quant à Ulphilas, il prit la chose avec son ordinaire placidité :
— All right ! Monsieur Sourbin. Je trouve très bien que vous feigniez de nous être étranger. Comme cela, personne ne pourra croire que nous nous entendons pour poursuivre un bénéfice commun.