Une véritable stupeur se peignit sur les traits des deux hommes.
Le Bison Noir comprit qu’il devait entièrement s’ouvrir à ses amis de ses craintes et de ses projets.
Alors, il leur rappela le crime accompli vingt ans plus tôt par le père de ce même Léopold Sourbin, et leur expliqua le danger qui menaçait la jeune fille. Elle disparue, c’était au fils de l’assassin que revenait la fortune.
Joë et l’Indien n’étaient pas gens à s’embarrasser de casuistique.
Wagha-na le vit bien dès leurs premières paroles.
— Jean, dit tranquillement O’Connor, parlant avec la familiarité d’une vieille affection, à votre place, je n’aurais pas tant de scrupules. Puisque ces hommes sont trois coquins, je les tuerais tous les trois.
— Hum ! fit Wagha-na, qui ne put s’empêcher de rire, le moyen est radical, mais un peu vif.
— Je partage l’avis de Joë, appuya Cheen-Buck.
Le chef fit alors connaître à ses auditeurs les raisons pour lesquelles il ne professait pas leurs sentiments. Certes, il n’avait aucune confiance dans le Yankee, pas plus qu’en son compère l’Allemand. Mais il jugeait Léopold meilleur que son père et ses associés, sans que, pourtant, cette opinion plus favorable allât jusqu’à l’estime du personnage. Il suffisait donc d’écarter ce dernier, de lui signifier son congé, sans qu’il fût nécessaire de le supprimer.
Lorsque Wagha-na fit connaître les prétentions de Sourbin à la main de Madeleine, c’est-à-dire à son héritage, un rire convulsif secoua ses deux interlocuteurs. O’Connor éclata :