Les chasseurs, joyeux, s’élancèrent dans toutes les directions.
Madeleine, emportée par son ardeur de chasseresse, réclama à son père adoptif l’usage de sa liberté.
Après quelques instants de résistance, Wagha-na céda sur ce point comme il avait cédé sur l’autre, mais en renouvelant à Joë et à Sheen-Buck ses recommandations des jours précédents.
Lui-même, accompagné de Georges Vernant, suivit de très près la colonne à laquelle s’était jointe Madeleine.
Celle-ci était composée des plus braves ou, pour mieux dire, des plus aventureux parmi les Indiens.
Elle s’élevait au chiffre restreint d’une dizaine de chasseurs, que la présence de Madeleine, de Sheen-Buck et d’O’Connor portait à treize, nombre de mauvais augure, ainsi que le fit remarquer Léopold Sourbin en personne.
— Eh bien ! — dit Wagha-na, en riant, — joignez-vous à eux ; vous serez quatorzième.
Depuis quelques jours, en effet, les sentiments de l’Indien à l’égard de Léopold avaient changé.
Depuis longtemps il l’observait et il était arrivé à cette conclusion que le fils de l’assassin d’Yves Kerlo n’était point une nature foncièrement perverse. En outre, soutenu par l’espoir d’épouser sa cousine, l’aventurier était le premier intéressé à la conservation de celle-ci. Nul gardien ne pouvait donc être plus vigilant que lui.
Mais, pour répondre au regard étonné que lui adressa Vernant, il lui expliqua les motifs de sa conduite.