— Sans doute, interrompit l’enfant, c’est d’être libre comme vous, c’est-à-dire corsaire, et de livrer bataille tous les jours aux Anglais. »

Un nouveau sourire se joua sur les lèvres de Jacques de Clavaillan.

« Ainsi, dit-il, pour toi, il n’y a que deux sortes de marins : les corsaires et ceux qui ne le sont pas ? C’est bien ainsi que tu l’entends ? »

Et, comme le garçonnet répondait oui de la tête, Jacques reprit :

« Eh bien ! il y a une autre façon d’être marin, et même, à vrai dire, c’est la meilleure pour ne pas dire l’unique manière, de l’être glorieusement. »

Guillaume ouvrit de grands yeux pleins d’étonnement.

« Tu vas comprendre, poursuivit son interlocuteur. Nous autres, corsaires, nous ne sommes tels que parce qu’il ne nous est pas possible d’être autre chose. Nous sommes les irréguliers de la mer, à peine un peu plus que des pirates, avec cette différence pourtant que nous combattons pour la patrie et que nous y sommes autorisés par des lettres de course. Mais cela n’empêche pas les Anglais de nous traiter en vrais forbans, et, si nous avons le malheur de nous laisser prendre, de nous pendre aux vergues de leurs vaisseaux ou de nous envoyer pourrir sur les pontons.

« Les vrais marins qu’on traite en prisonniers de guerre sont ceux qui servent à bord des bâtiments de l’État. Ceux-là sont des réguliers. Ils obéissent à des ordres précis, ils ont des officiers élevés dans des écoles ; ils ont de grands bateaux avec de grands canons et ils livrent bataille à l’ennemi, ayant pour eux les droits de la guerre.

— Et, demanda Will, est-ce qu’ils valent mieux que les autres ? »

Jacques de Clavaillan demeura un instant à court, interloqué par cette question étrange, sous laquelle il pressentait une ironie.