« Que veux-tu dire par « meilleurs » ? Qu’entends-tu par là ? interrogea-t-il.
— Je veux savoir s’ils sont plus braves, s’ils connaissent mieux le métier.
— Dame ! il faut le supposer, puisqu’ils font des études pour cela.
— Alors, comment se fait-il qu’ils aient été battus deux fois à Aboukir et à Trafalgar, alors que ni Surcouf ni vous n’êtes jamais battus ? »
L’objection était grave. Elle allait à l’encontre des intentions du marquis.
« Petit, répliqua-t-il, un peu bourru, les hommes les plus braves et les plus habiles peuvent avoir une mauvaise chance, les circonstances contre eux, toutes sortes d’obstacles imprévus. Cela ne prouve point qu’ils vaillent moins que d’autres, mais seulement qu’ils ont moins de bonheur. »
Et, coupant court à ces réflexions, il posa à son tour une question directe :
« Voudrais-tu être de ces marins-là, Guillaume, travailler et étudier en vue de l’épaulette d’officier et rentrer ainsi dans l’existence régulière ? »
Les yeux de l’enfant s’allumèrent. Une flamme y brilla soudain.
« Et vous croyez que j’y pourrais servir aussi bien mon pays ?