Mais ce qui l’édifia et l’instruisit mieux que toute dépêche confidentielle, ce fut la découverte, à bord du navire, d’un assortiment complet de journaux anglais annonçant qu’une escadre de six vaisseaux traversait l’Atlantique pour venir renforcer celle du commodore John Harris, afin de purger l’océan Indien des corsaires qui l’infestaient.

Une idée d’une audace extrême germa aussitôt dans l’esprit du marquis.

Il s’empressa donc de rallier son chef et lui exposa son projet.

Le trois-mâts qu’il venait de prendre, grand navire d’aspect débonnaire, d’allures nonchalantes, n’en était pas moins un excellent voilier appartenant à la maison Jameson and Co, de Londres. La riche cargaison dont il était porteur était accompagnée d’une liasse de traites payables à vue par la maison correspondante des commerçants londoniens. Le navire se nommait le Good Hope et était à destination de Bombay. En feuilletant les papiers recueillis, Clavaillan y avait trouvé une dépêche chiffrée formulant les instructions du capitaine : « Voyager, si possible, sous pavillon français, avec un équipage d’Espagnols, de Maltais et de Grecs, afin de donner le change aux corsaires. »

Le capitaine et son second étaient les seuls Anglais du bord.

Clavaillan profita de cette occasion pour accomplir une des ruses de guerre les plus périlleuses que jamais forban ait mises en œuvre.

Il vint trouver Surcouf et lui soumit le plan de sa tentative.

Surcouf l’écouta silencieusement, puis, souriant, lui dit :

« Jacques, ce que tu te proposes de faire est un trait de génie, mais c’est un coup très hasardeux. Je te sais capable de l’accomplir. Fais à ta guise. »

Or, cette conception qui semblait hasardeuse à Surcouf lui-même était la suivante :