Clavaillan allait quitter son bord, qu’il laisserait au commandement de son second, et, grâce à sa connaissance de la langue anglaise, ferait voile vers Bombay où, grimé, méconnaissable, il conduirait le Good Hope, y débarquerait la cargaison du navire, toucherait le montant des traites prises avec le bateau anglais, et reprendrait la mer sous pavillon britannique.
En ce moment, les deux corsaires croisaient à la hauteur des Seychelles.
Après une escale de quarante-huit heures destinée à réparer les avaries superficielles que le canon de la Sainte-Anne avait faites au bordé du Good Hope, ce dernier, laissant aux mains des corsaires le capitaine et le second anglais, mais conservant son équipage de Grecs, de Maltais et d’Espagnols, renforcé d’une demi-douzaine de nègres, auxquels Clavaillan avait donné pour chefs immédiats Evel et Ustaritz, reprit paisiblement sa course.
Il s’agissait de mener à bien le périlleux projet du jeune corsaire.
Naturellement, Guillaume Ternant, bien qu’il ne sût rien de ce projet, faisait partie du nouvel équipage. Élevé dans l’Inde, il parlait le tamoul, usité sur la côte Malabar, et l’anglais avec une perfection qu’aucun défaut d’accent ne déparait. Jacques avait vu en lui un précieux auxiliaire.
On fut heureusement servi par la mousson et l’on entra dans les eaux anglaises vers le milieu de février.
Le moment était venu de mettre en œuvre toute la ruse dont on était capable.
Jacques appela donc auprès de lui ses trois compagnons d’évasion. Il tint conseil avec eux et leur exposa ses intentions.
Au premier moment, ce fut une véritable stupeur. Ni Evel, ni Ustaritz n’eussent osé croire à une semblable audace de la part de leur chef.
Mais la stupeur fit bientôt place à l’admiration la plus vive.