« Et toi, Piarrille, parles-tu un peu l’anglais ?
— Si peu que rien, répondit Ustaritz. D’ailleurs, je n’ai pas l’accent.
— Très bien. Mais, au moins, en ta qualité de Pyrénéen, sais-tu quelques mots d’espagnol, de manière à te faire comprendre de ceux qui sont à notre bord ? Je ne t’en demande pas davantage.
— Oh ! pour ça, commandant, je vous en donne ma parole. Je parle l’espagnol aussi bien que le français, sans me vanter, je vous assure.
— Fichtre ! se récria le marquis, il vaudrait peut-être mieux que tu leur parlasses français tout simplement, en ce cas. »
Ustaritz ne comprit pas l’ironie, qui plissa d’un imperceptible sourire les lèvres de Guillaume Ternant.
Mais cette ironie ne fut pas justifiée, car, le jour même, en remontant sur le pont, Jacques put s’assurer que son matelot se faisait très bien comprendre.
D’ailleurs, ce même jour, Ustaritz lui donna une bonne nouvelle.
« Commandant, dit-il, je viens d’apprendre une chose qui m’a charmé. Les six matelots espagnols qui sont à bord professent une sainte haine de l’Anglais. Ce sont des cachottiers qui n’ont pris du service sur le Good Hope que pour pouvoir venger sur les Ingliches le désastre de leur flotte à Trafalgar. Ils m’ont raconté qu’ils avaient formé le dessein de tuer leur capitaine et leur second, de s’emparer du navire et de venir se joindre à Surcouf. »
Cette révélation trouva le marquis sinon incrédule, tout au moins méfiant.