« Hum ! fit-il, je ne crois pas beaucoup à cette histoire de complot. Cependant, elle pourrait être vraie. Tiens-toi néanmoins sur tes gardes et donne-toi garde de leur révéler quoi que ce soit de nos projets.
— Soyez tranquille, commandant. On se mettra un boulet de trente-six sur la langue. »
Et, en fait, Pierre Ustaritz, jusque-là bavard comme une pie borgne, devint muet comme une carpe. Il ne souffla mot.
Le moment devenait critique et l’on était en vue de la côte de Coromandel.
Jacques, après avoir fait son point, constata que, le lendemain, vers trois heures de l’après-midi, on entrerait dans le port de Bombay.
C’était le lieu de prendre les dernières mesures de précaution.
En conséquence, Jacques prépara lui-même une mixture de plantes qu’il connaissait depuis longtemps et dont le suc très âpre avait la propriété de rougir l’épiderme à l’égal d’une carapace de langouste cuite et de le couvrir de phlyctènes du plus inquiétant aspect.
Il donna l’ordre à Evel de prendre le commandement effectif du bateau.
Le Breton avait pris son rôle à cœur. Il gouverna prudemment dans les dangereux parages du grand port indien, et signala pour demander un pilote. Puis, comme on l’interrogeait, il fit savoir qu’il y avait un malade à bord, ce qui lui valut sur-le-champ l’ordre de s’arrêter.
Une embarcation, montée par douze hommes et un officier et amenant un médecin, s’approcha à respectueuse distance du bateau contaminé.