« Il ne nous reste plus qu’à déguerpir au plus vite », conclut le marquis.

Le soir venu, il monta sur le pont, s’assura que les abords du mouillage étaient libres de toute surveillance et décida que l’on lèverait l’ancre au matin.

Or, vers minuit, il se produisit dans le port une certaine émotion.

Une escadrille composée d’une frégate et de deux corvettes avait été signalée vers midi, et voici que les feux des trois vaisseaux annonçaient leur entrée imminente dans le port.

La frégate s’appelait le Kent, et des deux corvettes, l’une était la Eagle, que commandait sir George Blackford, le cousin de l’aimable Anglaise qui avait remis à Jacques un flot de rubans destinés à le préserver de la corde.

« Ce n’est pas aujourd’hui que je causerai avec ce gentleman, pensa le marquis. Il y aurait trop de témoins à notre conversation. »

Mais de peur d’éveiller les soupçons par un trop brusque départ, il fit faire très secrètement les préparatifs et attendit que les vaisseaux de guerre eussent dépassé l’appontement du wharf.

On graissa donc les câbles, les chaînes, les poulies, et tout le monde se tint prêt pour l’appareillage. Au petit jour, on leva l’ancre, et le Good Hope, évoluant avec une lenteur calculée, glissa au milieu des bateaux et des barques qui l’entouraient.

Quand on fut à un demi-mille du port, le navire se couvrit de toile.

Le vent était assez faible et les dernières heures de la nuit ne donnèrent qu’une très petite avance au grand voilier.