Il était seul dans ce trou noir qu’éclairait sinistrement la flamme d’une lampe fumeuse encore assombrie par le verre épais et la garniture de mailles de fer dont elle était entourée.
Autour de lui, les ténèbres, tapissées de toiles d’araignées, se peuplaient de fantômes menaçants. Des formes de cauchemar y grimaçaient dans l’ombre, ajoutant les épouvantes de l’imagination à l’horreur de la situation. Il vivait par avance son agonie.
Un bruit continu, ou plutôt un susurrement sans trêve emplissait ce silence de tombe. C’était le glissement insensible de l’eau sur les flancs du navire, et ce frôlement du linceul humide dominait tout, enveloppait Guillaume, passant au-dessus de sa tête.
De temps à autre, un craquement sec éclatait dans le bois ; de petites rumeurs paraissaient sourdre des coins les plus noirs. Quelque rat s’échappait d’un angle, apparaissait dans la plaque claire que projetait la lanterne sur l’étroit plancher, et, surpris de cette lumière, s’enfuyait pour revenir, l’instant d’après.
Ou bien, un frémissement d’élytres, accompagné d’une odeur nauséabonde, révélait à Will le voisinage d’un cancrelat sortant des fentes et des joints de la carcasse. Alors, des nausées lui venaient, et la défaillance physique s’ajoutait aux tortures morales.
Et, vraiment, ces tortures étaient excessives pour un enfant de douze ans. La force et la constance d’un homme y auraient succombé. Will fut pourtant héroïque.
Une heure, puis deux, puis trois s’écoulèrent.
Aucun ordre ne vint d’en haut lui enjoignant de tuer ou de mourir.
Las, nerveux, à bout de résistance aux suggestions de l’angoisse et de la terreur, il en était venu à souhaiter que cet ordre vînt au plus tôt.
Les enfants ignorent la mort. De là naît peut-être leur plus grand courage contre elle.