Et Will, malgré la distance, dans un rêve amer et triste en même temps, voyait pleurer sa mère, étouffant ses sanglots dans son mouchoir, et Anne se penchant sur elle, pendue à son épaule, sanglotant aussi, tout en essayant de calmer la douleur maternelle. Oh ! ce tableau-là était plus cruel que tous les autres !
Ou plutôt il était le seul cruel. Les autres, toutes ces visions de terreur, Guillaume les repoussait encore de toute l’énergie de sa volonté.
Il avait sa conscience pour lui affirmer que la mort n’est qu’un passage douloureux et qu’il est au pouvoir de l’homme de faire ce passage glorieux ; que la honte et le déshonneur sont la pire flétrissure que la dignité humaine puisse subir. Et ce témoignage de sa conscience, les leçons de sa mère, celles de son père, mort prisonnier des Anglais, l’avaient depuis longtemps corroboré.
Mais la douleur de la séparation, les adieux, la ruine des plus douces espérances, il ne pouvait les supporter. Ne plus revoir, en ce monde du moins, celles qu’il chérissait de toute son âme, oh ! cela, il ne pouvait l’accepter, il en repoussait l’affreuse hypothèse.
Et il pleurait, le pauvre enfant, et la nuit se faisait plus noire au fond de son cœur meurtri comme sur ses yeux voilés de larmes.
Maintenant, la lueur seule de la lanterne l’éclairait. L’espèce de clarté vague que laissaient filtrer les joints des planches s’était éteinte. Le jour extérieur avait pris fin.
Combien y avait-il d’heures que Guillaume était là, enfermé dans son sépulcre flottant ? Il n’aurait su le dire.
Tout à coup, la trappe qui livrait passage sur l’échelle de la cave s’ouvrit.
Quelqu’un se pencha dans l’ouverture du panneau et appela :
« Es-tu là ? »