« Quand je reviendrai, je vous demanderai d’être ma femme », avait dit Jacques de Clavaillan.

Et de tout son cœur elle avait ratifié cet engagement. Pas une minute, elle n’avait songé à douter de cette promesse.

Quand on est jeune, tout est grave et sérieux, et il ne lui serait jamais venu à l’idée que Jacques eût pu prononcer une telle parole à la légère… Elle était sa fiancée, rien ne pouvait désormais défaire cela.

Et voilà qu’à formuler ce mot charmant de fiancée, Anne évoquait, grâce à son imagination futile, les plus gracieuses figures de l’histoire. Elle aussi, comme les jeunes châtelaines du moyen âge, elle attendait son héros. Comme ceux-ci, lui se couvrait de gloire, mais à l’encontre de celles-là, au lieu de rester passive et résignée en attendant son retour lorsqu’elle serait sa femme, elle l’accompagnerait, voulant être de moitié dans ses dangers et dans sa gloire.

Oui, il lui ferait une place à son bord, elle en serait la reine, se faisant aimer de tous, officiers et matelots ; elle les égayerait pendant la paix et les soignerait pendant la guerre.

Et comme cela elle ne quitterait jamais, jamais son mari !

Puis à ces rêves de gloire une pensée plus douce vint se mêler. Si elle s’en allait, qui donc resterait près de sa mère ?

Le problème était insoluble.

Anne décida donc de ne pas tenter de le résoudre et, emplissant une dernière fois ses yeux du magique spectacle de la nuit, elle alla se coucher. Et comme le sommeil n’est jamais loin quand on a quinze ans, elle ne tarda pas à s’endormir dans une suprême prière.

« Mon Dieu, ramenez bien vite Will pour maman et pour moi, et protégez toujours mon fiancé Jacques de Clavaillan. »