Elle dormit tard dans la matinée, le lendemain, et ne fut pas peu surprise de voir entrer sa mère déjà tout habillée, car, en général, c’était la jeune fille qui présidait au lever de Mme Ternant, se faisant une joie de lui rendre les menus services que peut réclamer la toilette.

« Mon Dieu, maman, quelle heure est-il donc ? s’écria-t-elle, quand elle eut embrassé sa mère.

— Il est dix heures, ma chérie, et déjà Alick et Fred sont venus prendre de tes nouvelles et nous prier d’aller déjeuner chez leurs parents.

— Et nous y allons, maman ?

— Oui, certainement. Tu sais que je ne me fais jamais prier pour aller chez nos voisins. M. O’Donovan a si bien le secret de me rassurer, que c’est toujours un bonheur pour moi de l’écouter. »

Et comme Mme Ternant allait s’éloigner pour tenir compagnie aux deux jeunes gens, elle se retourna vers la jeune fille :

« Anne, mets ton amazone ; je crois qu’ils ont apporté ta selle dans la voiture, et surtout dépêche-toi. »

La fillette, ravie, ne se fit pas répéter la recommandation. En quelques secondes, elle fut debout procédant aux ablutions journalières ; puis, quand, toute fraîche, elle eut lissé ses cheveux, elle revêtit son amazone.

C’était une jupe très longue et un petit corsage ajusté comme ceux que portent les jeunes filles de nos contrées pour leur promenade au bois, mais, au lieu d’une teinte sombre, ainsi qu’il est d’usage en Europe, le costume de cheval d’Anne était blanc comme tout le reste de sa garde-robe. Elle chaussa des petites bottes à l’écuyère en cuir jaune très souple, mit des gants de fil blanc, et enfin se coiffa d’un casque de toile qui préservait la nuque et le front des ardeurs du soleil. Puis, ayant pris une petite cravache à pommeau d’argent, elle sortit par le balcon pour chercher sa mère et ses amis qu’elle ne tarda pas à apercevoir assis à l’ombre dans le jardin.

Elle courut à eux et ils échangèrent avec cordialité de vigoureux shake-hands.