« Vous allez mieux, ce matin, Anne ? interrogea Fred avec sollicitude, tandis qu’Alick la contemplait avec admiration.
— Beaucoup mieux, je vous remercie », dit la jeune fille ; puis, avec impétuosité, elle demanda :
« Est-ce que nous partons, mère ?
— Pas avant que tu n’aies pris quelque chose, mon enfant. Il y a encore une heure avant le déjeuner…
— Oh ! maman, je vous assure que je n’ai pas la moindre faim.
— Va toujours, Fred te tiendra compagnie. »
En riant les deux jeunes gens s’éloignèrent, et l’on entendit bientôt les gais éclats de voix d’Anne qui exigeait que son compagnon goûtât à tout ce qui était servi.
Fred était le compagnon inséparable d’Anne. C’était le second des six fils de Patrick O’Donovan et il était de quelques jours seulement plus âgé que la jeune fille.
Alick était l’aîné de tous. Déjà sérieux pour son âge, il n’avait que seize ans, il était d’un grand secours pour son père qu’il aidait dans l’exploitation de ses terres.
Plus rarement mêlé aux jeux de ses frères et d’Anne, il n’en professait pas moins pour la jeune fille une admiration passionnée. Elle était vraiment la souveraine de ces six garçons qui n’avaient d’autre volonté que celle de la jeune fille, d’autre ambition que celle de satisfaire ses caprices.