Il riait maintenant, le pauvre Will, qui pleurait tout à l’heure.

« Commandant, dit-il, je sais pourquoi vous m’avez abandonné.

— Tu le sais ?… Mais nous ne t’avons pas abandonné, petit. Nous avons voulu seulement… Et la voix de Jacques trembla.

— M’empêcher de mourir avec vous, n’est-ce pas ? dit le petit garçon. Oh ! je l’ai bien compris, allez, quand je me suis vu tout seul avec les provisions que vous m’aviez laissées. »

Les yeux de Jacques se mouillèrent, mais de très douces larmes, cette fois.

« Eh bien, oui, tu as deviné. Nous avons voulu mourir seuls.

— Et maintenant, vous ne voulez plus ?

— Maintenant, nous avons reçu le secours de Dieu et des hommes. Le bateau que nous suspections est français. Tu le connais aussi bien que nous. C’est celui qui nous a sauvés sur la chaloupe quand nous étions au moment d’expirer. C’est la Confiance de Surcouf et jamais elle n’a mieux mérité son nom.

— Bravo, commandant ! s’écria Will, et vive la Confiance !

— Ce n’est pas tout, reprit le jeune corsaire, celui qui la commande m’a appris que c’était une surprise que Surcouf nous avait ménagée, qu’il l’avait équipée et armée sans prévenir personne. Demain, au soleil levant, nous serons rejoints par lui sur le Revenant et je remonterai sur ma vaillante Sainte-Anne. Et alors, malheur aux Anglais ! »