Ce fut effroyable comme le passage d’une trombe. Le grand mât, haché, s’écroula. La barre fut rompue et le vaisseau, pareil à un cygne auquel on aurait brisé du même coup l’aile et la patte, se mit à dériver misérablement sous les remous.

« Hardi, les gars ! cria le Malouin. Il est à nous ! » C’était le signal.

A ce moment, l’étrave du Kent vint frôler l’étambot du Good Hope. Une décharge suprême des pièces de retraite de celui-ci fit une trouée dans les rangs anglais, et les vingt hommes d’Evel et d’Ustaritz, se ruant sur le gaillard de la frégate, accrochèrent son beaupré à l’arrière du lourd trois-mâts.

Les marins britanniques s’élancèrent à leur rencontre.

Mais au même instant, l’insaisissable Revenant virait pour la troisième fois, et balayait le Kent avec sa batterie de tribord.

La frégate était perdue.

Un tiers de son équipage était tombé sous la mitraille. Le reste, plus ou moins blessé, se serrait autour du commodore et de ses lieutenants.

La défaite était lamentable, humiliante au-delà de toute expression.

Mais John Harris était aussi brave que présomptueux. Il voulut faire tête à ses ennemis. Rassemblant ses hommes en carré, il accueillit par un feu de mousqueterie bien nourri les marins du Revenant qui s’élançaient à l’abordage et escaladaient l’arrière.

Surcouf perdit là une quarantaine des siens.