Mais le moment d’après les Anglais, sabrés, hachés, réduits à la proportion d’un homme sur quatre, étaient contraints de mettre bas les armes.

Le vainqueur laissa au commodore son épée.

Aussi bien l’ennemi méritait-il ce suprême honneur.

John Harris était étendu sur le pont, enveloppé dans le pavillon britannique, le corps et les membres troués de huit blessures.

« Je ne m’attendais pas à être vaincu par vous, monsieur Surcouf, murmura le glorieux vaincu quand il fut en présence du corsaire.

— Ce n’est pas un médiocre honneur pour moi, monsieur, expliqua celui-ci. Votre Seigneurie a fait tout son devoir. Vous tombez en héros. J’en rendrai témoignage à l’Amirauté anglaise. »

Il donna l’ordre d’emporter avec précaution le blessé qu’il fit déposer dans sa propre cabine à bord du Revenant.

Puis, amarrant la frégate prise au Good Hope, il se disposa à revenir à la charge contre les deux corvettes.

La Queen Elisabeth luttait désespérément contre la Confiance. Démâtée, transformée en ponton, n’ayant plus qu’un homme valide sur dix, elle refusa d’amener son pavillon.

Debout, à l’arrière, le bras en écharpe, l’héroïque commandant Peterson salua d’une dernière décharge la Confiance, qui perdit du coup vingt hommes. Puis au cri de : « Vive la Vieille Angleterre ! » la corvette et ce qui restait de son équipage s’engloutirent dans les flots troublés et noircis par les violences de la lutte.