Dans le même temps, Jacques de Clavaillan s’emparait de l’Eagle. La bataille avait été chaude sur ce point plus que sur tout autre.
Le brick, rivalisant de vitesse et d’audace avec le Revenant, avait passé, toutes voiles dehors, sous les canons de la corvette. Supérieurement servi par ses canonniers, il avait démonté les pièces du pont, éteint le feu des batteries de tribord et logé deux boulets au niveau de la flottaison.
Une volée en retour brisa le gouvernail de la corvette anglaise, un feu de salve admirablement dirigé tua une trentaine d’hommes dans les haubans. Et tout aussitôt les deux bâtiments se trouvèrent bord à bord. L’Anglais tenait bien. Un ouragan de plomb et de mitraille passa sur la Sainte-Anne, trouant des têtes et des poitrines, fauchant des jambes et des bras, amoncelant les cadavres.
Et quand il fut passé, Guillaume, frémissant, enivré par la poudre, tenant une hache dans la main gauche, un pistolet dans la droite, se vit debout sans une égratignure, aux côtés de son commandant, intact, lui aussi.
C’était le moment attendu par Clavaillan.
La Sainte-Anne avait pris le vent. Elle vint donner à toute volée dans la joue de bâbord de l’Eagle et engagea son beaupré dans celui de l’Anglais. Le choc fut formidable.
Mais les matelots étaient prêts. Ils s’étaient rassemblés en masse compacte autour de leur commandant. Tous ensembles s’élancèrent à l’abordage de la corvette, tandis que six des pièces du brick faisaient feu simultanément sur le pont de l’ennemi.
En ce moment Will se sentit saisir par le bras gauche. En même temps, une voix bien connue lui cria à l’oreille :
« Hé ! pitchoun, ça chauffe pour le présent. On va en découdre avec les Ingliches. N’as pas peur. On est près de toi.
— Comment, se récria l’enfant, toi ici, Piarrille ? Je te croyais sur le Good Hope avec Evel ?