Il était passé, s’ouvrant un chemin sanglant dans les rangs des Anglais.

Autour de lui les corsaires multipliaient leurs exploits, une nappe rouge s’étendait sur le plancher ciré, et les pieds nus des matelots clapotaient dans le sang chaud, coulant des blessures affreuses à voir. Cependant l’ennemi résistait encore avec une formidable ténacité.

Clavaillan se dit qu’il n’aurait raison de cette résistance qu’en abattant le chef vaillant qui la dirigeait.

Il promena autour de lui un rapide regard.

Il aperçut Evel et Ustaritz à ses côtés, luttant en héros.

« Garçons, leur cria-t-il, déblayez-moi un peu la place, de manière que je puisse rejoindre le commandant anglais. J’ai un compte personnel à régler avec lui. »

En un clin d’œil, la hache ou le sabre eurent taillé une brèche dans la haie vivante qui entourait l’officier du roi George.

Alors le marquis s’avança l’épée haute et cria :

« Monsieur George Blackford, j’ai un mot à vous dire. »

Cette parole, jetée comme une phrase de politesse, frappa de stupeur l’assistance. Le combat fut un moment suspendu.