Un quartier de roche détaché du granit, une croix de bois sur laquelle le nom de l’officier fut gravé grossièrement marquèrent la place de sa sépulture.

Ces devoirs rendus aux vaincus, les Français payèrent à leurs propres morts le tribut d’honneur qu’ils leur devaient.

CHAPITRE XIV
APRÈS LA BATAILLE

Ce matin-là, Surcouf et Jacques de Clavaillan embarquèrent dans le canot-major du corsaire et se firent porter à terre.

Hélas ! le petit camp était morne. Une immense désolation y régnait.

Les prisonniers, en effet, avaient pu assister à la lutte, en suivre toutes les péripéties, en contempler la dramatique terminaison.

Bien que les vainqueurs eussent apporté la plus courtoise discrétion dans la joie de leur victoire, les vaincus n’avaient pas été sans voir de loin le débarquement des blessés et les funérailles des morts.

Et, maintenant, toutes leurs espérances étaient évanouies. Ils étaient à la discrétion des corsaires, d’autant plus triomphants qu’ils venaient de vaincre une flottille régulière et des marins de Sa Majesté Britannique.

Quelle allait être la destinée des captifs ? En des temps encore un peu éloignés, les Anglais avaient fait courir sur leurs ennemis les bruits les plus déshonorants.

N’avait-on pas raconté, en effet, que Surcouf et ses hommes vendaient les blancs prisonniers comme esclaves aux chefs nègres de la côte ?