Et, bien que, depuis lors, le jeune chef se fût signalé par des actes de générosité auxquels ses adversaires eux-mêmes avaient dû rendre justice, les vieilles calomnies hantaient encore quelques imaginations peureuses. Ce fut donc avec une angoisse très réelle que les captifs virent le canot qui portait Surcouf et son lieutenant se détacher du Revenant pour venir vers la terre.
Les propos les plus désobligeants commencèrent à circuler.
Une vieille femme, que ce séjour de quarante-huit heures sous la tente avait exaspérée, se montra particulièrement acerbe en ses récriminations contre les « pirates ».
« A présent qu’ils sont rassurés contre la menace d’une intervention de notre flotte, ils vont entièrement nous faire subir les pires traitements. Attendons-nous à nous voir entassés à fond de cale et jetés sur quelque rivage de l’Arabie ou de l’Afrique, à moins qu’ils ne préfèrent nous abandonner ici même en nous laissant mourir de faim.
— Oui, ajouta une autre, et l’on raconte des horreurs sur leur compte. On dit que, quand il y a des enfants pris, ils les donnent aux cannibales qui les mangent. »
Un cri d’horreur accueillit cette abominable hypothèse, et les malédictions gratuites se mirent à pleuvoir sur les « Damned Frenchmen », capables de tous les crimes.
Par bonheur, lady Stanhope remit un peu de calme dans les esprits.
« Vous êtes tous des poules mouillées, dit-elle d’une voix ferme. Est-il raisonnable de supposer tant de cruauté en des ennemis qui, jusqu’ici, ne nous ont donné que des marques de courtoisie ? Vos craintes sont ridicules. »
La réflexion porta et les accusatrices se turent.
Toutefois, celle qui avait parlé la première ne voulut pas se laisser démentir sans esquisser une timide dénégation. Elle murmura à demi-voix :