La déception du bâgh se traduisit par un rauque rugissement.

Et, tout aussitôt, détournant la vue, il découvrit les deux petits fugitifs.

En deux bonds formidables, il eut franchi l’étroite barrière du ruisseau.

Il apparut alors dans toute sa formidable beauté.

C’était un tigre royal de la plus grande taille, mesurant onze pieds anglais du museau à l’extrémité de la queue. Sa robe de safran était rayée de larges bandes de velours noir. Ses bajoues, son col et son poitrail étaient d’un blanc de neige.

Il fit entendre deux ou trois feulements de surprise joyeuse.

Le paon n’était pour lui qu’un pis-aller, un repas maigre. Il trouvait une ample compensation en cette abondance de nourriture et savait, par expérience, combien est préférable la chair d’homme, la chair d’enfant surtout.

Anne s’était relevée sans aucun mal. L’imminence du danger lui avait donné des ailes et elle s’était enfuie vivement vers l’arbre, dont elle escaladait déjà les basses branches, tandis que Guillaume, transfiguré par le courage, à la pensée du péril de sa sœur, faisait face crânement au terrible adversaire.

Il reculait, pas à pas, sans perdre sa présence d’esprit.

Mais le tigre se rapprochait à chaque bond, et il était à craindre qu’il n’atteignît le petit garçon avant que celui-ci eût pu s’élever assez haut dans les ramures pour éviter l’élan de l’implacable félin.