« Mais, en vérité, mon garçon, elle est superbe, cette chambre. Je n’ai jamais été mieux logée en mes voyages. Êtes-vous artiste, par hasard ? »
Et comme l’enfant s’excusait, en rougissant, la grande dame se mit à le considérer avec sympathie, l’interrogea sur ses origines, sur sa famille et parut émue d’apprendre qu’il avait laissé sa mère et sa sœur aux Indes.
« Will, demanda-t-elle, c’est à Madras, chez lady Blackwood, femme du gouverneur, que je dois me rendre. Vous plairait-il que je me chargeasse de vos commissions pour votre mère et votre sœur ? »
Les yeux de Guillaume Ternant s’allumèrent d’un éclair qui brilla à travers des larmes, et ce fut d’une voix tremblante qu’il répondit :
« Oh ! milady, je n’ose vous demander une telle marque de bienveillance. Il n’y a pas encore trois ans que je les ai quittées, et il me semble qu’il y a un siècle. Elles doivent me croire mort.
— Eh bien, mon enfant, répliqua la jeune femme, je vous promets qu’en arrivant dans l’Inde, avant toute chose, je m’acquitterai de votre commission. J’irai voir votre mère, à Ootacamund, pour lui dire que son fils est un brave et gentil garçon, dont elle peut être fière à tous les égards. »
Cette nuit fut la dernière que les équipages de Surcouf passèrent dans l’archipel des Maldives. A l’aube, le Revenant, la Sainte-Anne et la Confiance étaient prêts à l’appareillage. On était dans la belle saison et le vent soufflait du nord.
Pour la dernière fois, Surcouf et Clavaillan descendirent à terre.
« Il ne me reste plus qu’à vous faire mes adieux, milady, dit le Malouin, en vous demandant pardon, une fois de plus, du trouble apporté à votre voyage. Je me plais à espérer qu’indépendamment des navires que vous attendez, la flotte anglaise du golfe du Bengale aura l’idée de pousser une reconnaissance de ce côté. En ce cas, ce serait votre délivrance plus prochaine.
— Monsieur, riposta l’aimable femme, j’aurai sans doute toujours le regret d’avoir fait votre connaissance en de pareilles circonstances, mais nullement celui d’avoir serré la main au plus chevaleresque des Français. »