On venait de liquider ainsi un stock considérable de marchandises que leur origine européenne avait fait monter à des prix très élevés, lorsque les équipages nègres et indiens, qui portaient les divers lots à la barre des criées, poussèrent devant eux avec précaution un volumineux objet ou plutôt une caisse gigantesque emmaillotée de paille et de toile d’emballage. En un instant la curiosité du public fut excitée.

« Qu’est-ce qu’il peut y avoir là dedans ? se demandait-on avec stupeur.

— C’est sans doute quelqu’un de ces meubles de prix que les Français confectionnent avec un goût et un talent particuliers, dont les fils de la perfide Albion se montrent le plus avides. »

Or, tandis qu’on papotait sur le sujet, le commissaire des ventes annonça :

« Un piano à queue, de la maison Pleyel, de Paris. »

Il y eut une longue exclamation de surprise autant que d’ignorance.

« Un piano à queue, un piano à queue ! Qu’est-ce que c’est que cela ? »

Et les belles dames de la colonie, les jeunes joueuses de harpe ou de clavecin s’empressaient autour de l’instrument inconnu, désireuses d’en percer le mystère.

La galanterie française a des droits imprescriptibles.

Force fut au commissaire d’enlever au piano ses voiles de bois et de toile.