C’était une façon de table à dos allongé, terminé en pointe, d’où son nom de piano à queue, sur lequel les cordes sonores s’étendaient, prêtes à entrer en vibration au premier ébranlement du clavier.

Aimable jusqu’au bout, le représentant du fisc interrogea l’assistance :

« Est-il une de ces dames qui voudrait bien nous donner une audition ? »

Vingt mains blanches et délicates se tendirent vers les touches blanches.

Il fallait, en quelque sorte, tirer au sort, et ce fut une enfant de seize ans, réputée pour sa virtuosité, qui s’assit devant le clavier.

Alors les cordes vibrèrent, et les notes graves ou aiguës s’envolèrent dans la cadence d’un rythme joyeux, émerveillant l’auditoire.

Et ce fut un spectacle comme jamais on n’en avait vu dans cette salle de vente banale et consacrée aux transactions commerciales. Un véritable concert s’improvisa et des voix fraîches et claires firent écho au chant de l’instrument.

Une bonne heure s’écoula ainsi, pendant laquelle la vente fut suspendue. Et l’étrangeté de l’événement attira tant de curieux que la halle aux ventes ressembla à un théâtre.

Il fallut pourtant interrompre ce concert improvisé.

Le moment était venu d’appeler les enchères sur le féerique instrument.