Cependant le tigre rampait toujours et se rapprochait de plus en plus.

Brusquement, il s’arrêta.

Anne jeta un cri de désespoir.

Mais, au lieu de s’aplatir dans l’herbe, afin de prendre son élan, le fauve venait, au contraire, de se redresser, comme pour faire face à quelque adversaire inattendu. En même temps, de sa gorge de bronze, un rugissement jaillissait, clameur de colère et de défi.

C’est qu’en effet un ennemi venait de surgir inopinément.

Et le mouvement du félin avait, une fois encore, rompu le charme qui paralysait Guillaume. Rendu à sa liberté, le petit garçon avait rapidement grimpé dans l’arbre, avec la souplesse d’un écureuil.

Tout cela s’était accompli avec la vitesse de la pensée.

Et, maintenant, les deux enfants, haletants, suivaient d’un œil avide le spectacle du drame qui se jouait à leurs pieds et dont ils n’étaient plus que les comparses.

L’homme si miraculeusement survenu était immobile, l’arme étendue et fermement fixée au creux de l’épaule. D’un regard imperturbable il suivait toutes les ondulations de la bête, attendant le moment propice pour faire feu à coup sûr.

Comme s’il eût eu conscience du péril qui le menaçait, le tigre ne tenait pas en place. Il allait et venait dans tous les sens, par bonds inégaux et gracieux qui faisaient valoir toute l’élégance de sa forme et des chatoyants reflets de sa robe d’or.