Au moment de dire adieu peut-être pour toujours à ce toit qui les avait abrités si longtemps, à ce jardin dans lequel Mme Ternant avait promené sa mélancolie et Anne ses rêves juvéniles, à ces domestiques qui leur étaient dévoués et qui pleuraient, les larmes s’échappèrent de leurs yeux.
« Au revoir, disait Anne qui était jeune.
— Adieu », faisait sa mère qui ne se lassait pas de regarder pour l’emporter plus vivant dans sa mémoire, le riant ermitage qu’elles aimaient tant toutes deux.
Clavaillan et Will, qui avaient d’abord assisté, très émus, au spectacle de leur chagrin, durent s’interposer pour les décider à partir.
Encore un dernier regard, un dernier geste d’adieu, et brusquement, à un coude de la route, tout disparaît. La voiture roule maintenant vers la demeure de l’Irlandais et de sa famille.
Oh ! cette route, combien de fois l’ont-elles parcourue à pied ou en voiture, pour se rendre chez leurs amis. Et voilà qu’Anne, qui a refait bien souvent depuis cette promenade à cheval, accompagnée par Fred ou Alick, ou même par Cécil, revit ce fameux jour où l’aîné des O’Donovan, dans un moment de mauvaise humeur, lui a dit :
« Vous n’étiez qu’une petite fille, il a voulu se moquer de vous. »
Il ne s’est pas moqué. Il est revenu. Et voilà qu’il vient la chercher pour la ramener en France.
Anne sait très bien qu’elle est encore trop jeune pour se marier, mais elle ne doute pas que cela arrive un jour ; et elle est bien décidée à attendre patiemment ce jour.
La séparation avec leurs amis fut encore plus cruelle, plus déchirante.