Ils aimaient tous, le père, la mère et les six garçons, ces deux Françaises, qui apportaient à leur foyer tant de grâce, de charme, de douce intimité et parfois d’entrain.
L’Irlandaise et son mari pleuraient l’amie qu’ils avaient si souvent consolée et qui leur était si profondément attachée ; ils pleuraient aussi Anne, qui illuminait leur demeure de sa joliesse de jeune fille.
Eux qui n’avaient que des fils, ils aimaient à contempler cette silhouette élégante et fine, à caresser ses boucles de jais, à entendre son rire cristallin vibrer dans la maison où ne résonnaient jamais que les organes un peu rudes des six garçons.
Quant à ceux-ci, laissant de côté toute velléité de stoïcisme, ils pleuraient bien franchement. Fred surtout laissait éclater un véritable désespoir.
Quant à Alick, le seul qui se contînt un peu, il enveloppait d’un regard sombre et désolé le joli visage de la fillette tout inondé de larmes.
« Nous nous reverrons, je vous promets que nous nous reverrons, disait Anne pour les consoler et se consoler elle-même… Vous viendrez bien en Europe ? »
Et comme ils semblaient dire qu’il y avait peu de probabilités pour cela, elle ajouta :
« Eh bien ! c’est nous qui reviendrons. »
En même temps, elle cherchait du côté des siens une approbation.
« Oui, nous reviendrons, mademoiselle Anne », fit Clavaillan avec assurance.