Alors, voyant qu’il ne remuait plus, tandis qu’un flot de sang s’épanchait par la gueule ouverte du monstre, il se tourna vers l’arbre.

« Allons ! cria-t-il aux enfants, vous pouvez redescendre. Le mangeur d’hommes ne mangera plus personne. »

Il disait cela d’une voix fraîche et jeune, pleine d’intonations amicales.

Guillaume et Anne se sentirent tout de suite gagnés par cet accent et par ces paroles, d’autant plus que l’inconnu leur avait parlé en français.

D’ailleurs, qu’auraient-ils pu craindre de lui ? N’était-il pas leur sauveur ? ne venait-il pas de les arracher au plus effroyable des périls ?

Ils se rendirent donc à l’invitation et s’empressèrent de descendre.

Là, serrés l’un contre l’autre, pleins d’une timidité admirative, ils se mirent à considérer le nouveau venu de tous leurs yeux, sans prononcer une parole.

Le chasseur éclata d’un beau rire qui acheva de les gagner.

« Ah çà ! s’écria-t-il, qu’avez-vous donc à me contempler ainsi ? Ne voyez-vous pas que le bâgh est mort et qu’il n’y a plus de danger ? »

Ce fut Anne qui la première recouvra son sang-froid.