« Oh ! donnez-le vite, ce signal ! Il me tarde de vous montrer que j’ai du cœur.
— Parbleu ! répliqua le second de Surcouf, je n’en doute pas, gamin, et je te fournirai bientôt l’occasion de prouver ton courage. »
A partir de ce jour, le jeune homme et l’enfant n’eurent plus de secrets l’un pour l’autre.
Tandis que Jacques mûrissait son projet, Guillaume prenait avec les deux marins, tout acquis à l’idée, des leçons de gymnastique et de navigation. La bonne volonté qu’il y apportait suppléait au long entraînement qui lui eût été nécessaire en toute autre circonstance.
En quelques jours, Will apprit à nager vigoureusement au travers des plus fortes vagues, à grimper à la force des poignets aux troncs les plus ardus, à faire un nœud et une épissure, à manier l’aviron comme le plus expert des étudiants d’Oxford ou de Cambridge. Au bout de deux mois, sa souplesse naturelle, aidée de sa force accrue, l’avait rendu le plus adroit des acrobates. Evel, le matelot breton qui avait servi sous Suffren, put lui dire, avec un large rire d’approbation :
« Gurun ! Tu vas faire un mousse comme on en voit peu, gamin. »
Tous les soirs, lorsque les quatre hommes se réunissaient à la table commune, — car Jacques de Clavaillan avait pris à sa charge les frais faits par ses compagnons, — on s’entretenait à mots couverts du projet caressé par tous.
« Eh bien ! capitaine, demanda Piarrille, l’autre matelot, un basque de Saint-Jean-de-Luz, est-ce que le moment approche ?
— Oui, garçon, répliqua Clavaillan, et j’espère qu’après-demain nous serons parés pour nous tirer d’ici sans la permission des Ingliches.
— Ah ! Et comment comptez-vous vous y prendre ? questionna Evel.