« Attention, matelot ! Ouvre l’œil pour tout de bon. On vient à nous. »

On venait, en effet, et celui qui venait n’était autre que Jacques.

La stupéfaction des trois camarades fut profonde en voyant le jeune corsaire apparaître en tenue de soirée, culottes courtes, chemise à jabot de dentelles et bicorne à ganse de soie, l’épée à poignée de nacre au côté.

« Gurun ! capitaine, interrogea Evel, les yeux ronds, c’est-il en cet équipage que vous voulez prendre la mer ? Il vous vaudrait mieux un ciré.

— Garçon, répliqua gaiement le jeune homme, je n’ai pas le temps de changer de toilette. Je sors du bal. Embarquons sur l’heure. Je verrai à prendre un autre costume en mer. Allons ! houp ! Dehors la chaloupe ! »

Evel et Piarrille ne se le firent pas dire deux fois. Ils étaient prêts.

La manœuvre du chariot était des plus faciles. Les Anglais, gens pratiques, ont toujours eu une entente merveilleuse du confortable et des commodités de l’existence. En cette circonstance, lord Blackwood s’était surpassé.

Une fois les freins desserrés, les amarres qui retenaient les jantes aux murailles détachées, le bateau glissa rapidement sur les rails de fer où s’encastraient les roues évidées du berceau. Une poussée méthodique et prudente le mena jusqu’au bord de la grève, au contact de l’eau salée.

Là, on n’eut plus qu’à enlever la tente, à fixer le gouvernail mobile et à attendre les premières risées du flot.

Cette attente ne fut pas longue. Les rails s’avançaient assez loin sur la plage pour que les hommes eussent de l’eau jusqu’à la ceinture en poussant l’embarcation à la mer. La marée vint donc tout doucement soulever le canot, et le premier retrait de la vague l’enleva de son support.