Quatre coups d’avirons l’emportèrent à une cinquantaine de brasses.

« Y a-t-il l’un de vous qui connaisse les passes ? demanda Clavaillan.

— Non, capitaine, répondirent simultanément les deux hommes.

— Alors, à la grâce de Dieu et au petit bonheur ! » prononça le corsaire.

On longea pendant une dizaine de mètres l’embryonnaire jetée que les Anglais avaient essayé d’établir sur la pointe la plus avancée.

Puis, la mer se faisant très dure, on dut lutter avec persévérance pendant près d’une heure contre les remous, sans oser hisser la voile dans la crainte d’un échouage intempestif. Vers les deux heures du matin la lune se montra au ciel. Elle n’était qu’au premier quartier, ce qui rendit sa lumière très discrète.

« Il faudrait pourtant franchir les passes avant le jour ! » gronda Clavaillan.

Comment faire pour tenter ce dangereux passage sans le secours d’un pilote ?

Au moment où ils agitaient ce problème, la Providence vint à leur secours.

Une barque montée par des pêcheurs hindous sortait du port, gagnant la haute mer. Elle venait, sans le voir, sur le canot des fugitifs.