— Et quelle est cette explication, capitaine ?
— Voilà ! La bataille a dû se livrer la veille ou le matin du jour où la tornade a passé. Dès qu’ils l’ont vue venir, les Français ont dû s’empresser de recueillir les blessés à bord des vaisseaux valides et de fuir le cercle de la tempête. Ils n’ont pas eu le temps de prendre ce qu’ils pouvaient enlever du navire. Ils l’ont donc abandonné. »
Ustaritz se contenta de cette hypothèse, comprenant bien que, quelle que fût la vérité, ce n’était ni le lieu, ni l’heure de s’en enquérir. Le souci de l’heure présente était d’échapper au plus tôt au péril de la mer et de la faim.
En conséquence, malgré l’écrasante température, on se mit en devoir de confectionner des voiles avec les débris de celles qu’on avait pu emporter de la frégate.
On parvint ainsi à couvrir la chaloupe, et l’on gagna quelques milles dans le sud avec l’espoir très précaire de voir surgir une voile sur l’horizon du sud.
Telle était la fébrile impatience des fugitifs, qu’ils ne doutaient pas un instant que cette voile ne fût française. Bien certainement, Surcouf courait la mer, et peut-être aurait-on le bonheur de le rencontrer.
Par malheur, le vent, encore utile malgré sa fâcheuse direction, fléchit de nouveau, pour tomber tout à fait au bout de quarante-huit heures.
C’était, de nouveau, la menace de l’abandon et de la mort par la faim qui se dressait sur les têtes des quatre malheureux. Décidément le destin leur était contraire, et le découragement les envahit pour la seconde fois.
Sans compter que ce calme plat était précurseur de nouvelles tempêtes. Allait-on subir derechef l’assaut de quelque typhon des mers du sud, ces épouvantables furies du ciel et de l’eau qui bouleversent la nature et changent parfois la face d’une terre entière ?
Jacques commença par rationner les vivres, l’eau potable surtout.