L’expérience précédente avait été suffisamment instructive. Il ne fallait pas se laisser prendre au dépourvu. Dans ce désert liquide, la plus terrible des épreuves était celle de la soif, et l’on venait de la subir assez cruellement pour ne point vouloir la recommencer.

Mais que pouvait l’énergie désespérée de l’homme contre l’implacable rigueur du ciel et les misères du dénuement le plus absolu ? Les jours et les nuits s’écoulaient, épuisant les provisions, diminuant les forces des malheureux.

Il y avait tout près de trois semaines que les fugitifs avaient quitté Madras.

C’était miracle que leur frêle embarcation n’eût pas succombé aux assauts de l’océan.

De nouveau, la faim, la soif, la chaleur effrayante accomplirent leur œuvre.

Ils tombèrent l’un après l’autre, et, cette fois, chose étrange, ce fut l’enfant qui succomba le dernier. Guillaume Ternant lutta désespérément contre le mal.

Seul, il dut pourvoir au salut de ses compagnons, leur prodiguer ses soins, leur porter avec des précautions infinies les rares gouttes d’eau chaude demeurée au fond des outres aux trois quarts vides. Puis, quand il eut vu Jacques de Clavaillan en proie à un délire continu, s’abattre lui-même à l’arrière, incapable de faire un mouvement, le petit orphelin jugea sa tâche terminée et se coucha pour mourir à côté de son grand ami vaincu.

CHAPITRE VI
LE SALUT

Combien de temps dura l’évanouissement de Will ?

Il n’aurait su le dire. Un poids énorme s’était abattu sur lui et l’avait écrasé. Un instant, il avait senti les rayons du soleil l’envelopper comme d’une trame, le fouiller au travers de ses paupières écartées, lui creuser les prunelles, lui vider le cerveau. Il avait perdu conscience.