Pas complètement toutefois, car il avait réussi à se soulever un moment, à repousser le faix de cette lumière aveuglante.

Il avait promené autour de lui un dernier regard, un regard plein de vertiges, sur l’immense nappe bleue clapotante. Et, tout au fond du ciel, il avait vu une tache blanche, à peine perceptible. Était-ce une hallucination ?

Un cri avait jailli de sa poitrine, cri traduisant sans doute la dernière pensée concrète que son imagination avait élaborée.

« Une voile à tribord ! »

Il était retombé pour tout de bon, cette fois. Il avait perdu tout sentiment, toute notion des choses. Et il ne se souvenait plus de rien.

Et, maintenant, il était descendu dans un hamac, la tête entourée de compresses. Sa prunelle, en reprenant connaissance de la lumière, n’avait perçu que de l’ombre, une ombre fraîche, et il s’était demandé machinalement si cette obscurité n’était point celle de la tombe.

Tous les retours à la vie ont ce caractère du réveil après un pesant sommeil.

Peu à peu, le sentiment rentra plus précis dans l’âme de l’enfant.

Un mouvement de fléchissement mou, la cadence d’un balancement régulier lui révélèrent tout d’abord qu’il était encore sur la mer. Le roulis le berçait doucement, et c’était un alanguissement plein de caresses auquel s’abandonnait le petit Will.

Puis les idées revenaient, pareilles à des lambeaux d’étoffes disparates recousues entre elles par le fil ténu d’une sensation lointaine, des données de la mémoire juxtaposées par l’imagination, sans ordre, sans plan uniforme. Il se revoyait dans la chaloupe, sous le soleil de feu, épuisé par la soif et les privations, luttant péniblement contre l’écrasement de ses forces par le poids de toute la nature.