La couche sur laquelle il reposait était un hamac de grosse toile suspendu à de forts anneaux de fer et retenu par des crochets. Autour de lui régnait une sorte de corridor, et, en détournant la tête, l’enfant reconnut que ce corridor s’allongeait en avant et en arrière de lui, dans les profondeurs du navire. Ce premier coup d’œil éveilla sa curiosité. Il se mit sur son séant et regarda mieux, à droite, à gauche, dans tous les sens.
Ce qu’il vit ne l’étonna pas absolument, mais l’émerveilla néanmoins.
Toute une suite de hamacs s’étendait en ligne à chaque bout du sien. Il y en avait une seconde ligne parallèle de l’autre côté du navire, et Guillaume se rendit compte qu’il était dans la batterie d’un vaisseau de guerre.
Au-dessous de la rangée des hamacs, des trous clairs de sabords laissaient pénétrer la pâle lumière qui lui avait permis de distinguer tous ces détails.
Et, dans les sabords, des canons de cuivre allongeaient leurs gueules luisantes. Au pied des affûts solidement amarrés, des boulets s’étageaient en pyramides régulières.
Sur les flancs des monstrueuses bêtes de bronze étaient disposés des écouvillons, des cuvettes, des seaux de diverses grandeurs.
La lueur externe mettait des taches éclatantes sur les surfaces arrondies et polies des culasses, sur les longs cylindres meurtriers, et Will, en promenant ses regards, en compta vingt-deux, onze de chaque côté.
Alors une crainte lui vint. A qui appartenait ce vaisseau de guerre ?
N’était-il pas anglais ? Est-ce que les odieux geôliers de Madras n’avaient pas ressaisi leur proie ? A cette heure, où étaient Clavaillan, Evel et Piarrille Ustaritz ? Étaient-ils vivants seulement ?
Toutes ces questions se pressèrent dans l’esprit de l’enfant et le remplirent d’angoisse.